Lorsque Jean pénétra dans l’hospice, il ressentit d’instinct sa présence. Elle se fit plus forte dans la grande salle des pauvres. Des dragons multicolores sortaient des poutres traversières, des têtes d’animaux sculptés rythmaient les travées. Elle était là, il le savait. C’était elle qui lui avait dit de venir, qui le hantait désormais, chaque nuit, chaque heure. Comme toujours, il savait qu’elle ne lâcherait pas. Il savait qu’il devait faire quelque chose, mais quoi. Sans réfléchir, il prit la direction de l’apothicairie, attrapa une fiole sur l’étagère jouxtant son bureau et y versa le liquide nauséabond qu’il avait préparé la veille. D’un trait, il but la potion, attendit quelques secondes, puis quand les premiers tremblements commencèrent à se faire sentir, il la vit, face à lui, vêtue comme lors de leur première rencontre, il y a maintenant 100 ans. Jean respira alors profondément : il avait besoin de lui parler, une dernière fois…