Le Santa Maria Australis largua les amarres en fin de matinée. La brise était légère et le soleil chauffait le visage des marins qui s’affairaient sur le pont. Les membres de l’équipage, peu nombreux, puisaient dans toutes leurs forces pour assurer la dernière étape du voyage. Dans la cabine centrale, le capitaine, un argentin plutôt rustique, scrutait l’horizon. « Puta Madre ! » grommela-t-il en rongeant le bout de paille qui lui servait de pipe, « Puta Madre ! ». Son second entra au même instant, le visage éteint par une nuit trop courte, et lui fit face. « On arrive au phare du bout du monde » dit-il presque sans voix, « Il va falloir se préparer. ». Puis il prit le carnet de bord et inscrivit : « 3 janvier 1961 – Départ d’Ushuaïa à 13h50 – Cargaison de matériels scientifiques – Etat d’alerte : maximum »…