C’est lorsque j’aperçus les bords de l’East River que je sus que je n’étais plus très loin. Je courais vite, tout en remerciant le ciel et surtout Jenny de m’avoir obligé à reprendre mon entraînement sportif il y a maintenant 5 mois. 5 mois ! Je me rappelle les mots qu’elle m’avait lancés lorsque, un jour d’été, nous étions allongés paisiblement sur la plage de Coney Island. « Tu devrais reprendre le sport, car si tu continues, tu ne pourras plus faire de badminton avec ton fils ». Ce côté franc que j’avais toujours aimé chez elle ne me faisait plus d’effets depuis des années, et pourtant cette fois-ci elle avait fait mouche. Le lendemain, j’appelais mon coach et repris mon régime Dukan. Et c’est ce jour-là que les ennuis commencèrent…
Une balle de 9 mm siffla au dessus de moi. Je sortis de mes rêves pour me rappeler que j’avais deux tueurs à mes trousses.
J’accélérais ma course tout en priant que les deux mecs que Sylvio m’avait envoyé fumaient 2 paquets de clops par jour et n’avaient jamais mis les pieds dans une salle de sport…
Cela dit, les 2 paquets de clops par jour… c’était ma dose. Depuis l’interdiction tous azimuts des cigarettes, j’avais décidé de me remettre au tabac. Une forme de poing levé contre le conformisme, contre ce G.W. qui nous avait bien enfoncé dans la merde en Irak.
Un coup d’oeil derrière moi ; ils se rapprochaient. Il fallait trouver une solution, et vite.
Je bifurquai sur la 60e rue et sprintai jusqu’à la 3e avenue, pour me mêler à la foule qui se pressait devant Bloomingdale’s. Avant d’entrer dans le magasin, j’aperçus mes deux poursuivants qui essayaient désespérément de se frayer un chemin dans la marée humaine qui nous séparait, bousculaient un américain obèse tout en aboyant des suppositions sur le métier pratiqué par sa mère…
Je repris mon souffle une fois dans l’ascenseur, direction le parking sous-terrain. Si seulement Jenny avait pu voir ça, elle aurait été fière de moi !
Je fouillai dans mes poches, les clés de la Mustang étaient bien là. Il n’y avait plus qu’à espérer que Pedro ait bien laissé la voiture au 3e sous-sol, comme prévu.
Putain d’interrupteur. Je devais être dans le seul parking de NYC où il n’y avait pas de lumière automatique ! Cela faisait maintenant 3 fois que je faisais le tour de ce satané 3ème sous-sol et impossible de trouver la Mustang… Le sang commençait à me monter à la tête et je jurai un bon coup histoire de me calmer. Pedro et ses plans pourris…
Soudain, alors que je cru distinguer derrière un mur l’aile jaune de la Mustang, l’ascenseur s’ouvrit : les 2 hommes étaient là ! Mais ils n’étaient pas seuls, une troisième personne les suivait. Me cachant derrière un poteau en ciment, je pu distinguer dans la pénombre l’allure d’une femme, avec à son bras le sac Chanel de Jenny…
5 mois plus tôt… Je marchais le long de la 63eme pour rejoindre l’appartement de mon coach transformé en centre de remise en forme. Mais quelle putain d’idée de faire du sport dans une pièce de 3m sur 2 payé 150 dollars de l’heure alors que l’on est a 2 pas de central park. Quand j’ai vu ce jeune black complètement terrorisé, débouler de broadway et arriver droit sur moi, j’ai tout de suite su que c’était pour ma gueule. Et quand on voit un mec tout droit sorti d’un gang de Harlem de plus de 2 mètres, avoisinant les 120 kilos et que l’on lit la peur dans ses yeux, c’est jamais bon signe…